Afin de compléter l'excellent billet de Damien sur les jardins suspendus

http://lehavredavant.canalblog.com/tag/jardins%20suspendus

Voici un article que j'avais publié il y a 2 ans dans le bulletin de liaison du CHRH. Je l'ai complété de quelques photos supplémentaires.

La fortification havraise avant les forts

Depuis sa fondation, Le Havre possedait une ceinture fortifiée régulierement repoussée au Nord et à l’Est au fur et à mesure de l’extension de la ville. Au cours de la première moitié du XIXe siècle, le négoce et l’industrie prenant de l’ampleur, les élus locaux et les négociants demandérent aux autorités militaires la suppression de cette ceinture datant du plan Lamandé (1791). Malgré l’attitude réticente de l’armée, Napoléon III pris la décision de raser les fortifications par deux decrets en 1852 et 1853 qui permirent aussi l’annexion de communes périphériques comme l’Eure et Ingouville.

En contrepartie de la perte des casernes inclues dans les fortifications, l’armée obtint La construction d’une caserne (caserne Napoléon puis Kleber ) et d’une ceinture comprenant 5 forts ou redoutes

En ville haute, 3 ouvrages fut construits, répondant chacun à un besoin spécifique :
le fort de Sainte-Adresse construit pour prévenir une attaque navale
le fort de Tourneville bati comme une caserne fortifiée et destiné à recevoir les troupes en ayant une defense autonome
le fort de Frileuse construit plus tard en 1870 offrait une parade à une attaque terrestre.

Completant les ouvrages de la ville haute, les batteries de Provence et de l’épi-à-pin, Floride et le fort des Neiges protegeaient l’entrée du port pour les premieres et l’estuaire pour le second

Prévus dans le projet initial, le fort Vauban, le fort du Hoc et les 3 forts de mer (grande et Petite Rade, banc d’Amfar) ne furent jamais réalisés, pour des raisons budgetaires.

Voici le plan d'un des projets qui ne fut pas réalisé.

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La construction du fort

Conçu par messieurs les officiers du génie Duval et Lallemand, il fut construit par des entreprises locales et une main d’oeuvre constituée de 400 prisonniers russes de la guerre de Crimée.

Les architectes utilisèrent pour sa réalisation la casemate de type Haxo (Général français 1774-1838) : c’est à dire une chambre ouverte à l’arrière, couverte d’une voûte de maçonnerie et d’une couche de terre, et dont la tête, pourvue d’une large embrasure à canon, est blindée au moyen de madrier de bois dur.

Ce type de fortification se situe historiquement entre Vauban et Sèrè de Rivière créateur des fortifications de la 3e république (fort de Vaux).

Cet ouvrage a été terminé en 1856.

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Son usage

De mauvaises langues affirmèrent que ce fort rapidement réalisé controlait plus la ville qu’il ne la défendait ; En réalité, Il protegeait le port du Havre d’une attaque navale britannique par des positions d’artillerie orientées au Sud et à l’est .

Malheureusement L’évolution de l’artillerie et notamment l’invention de l’obus-torpille qui perçaient les talus des bastions et les voutes maçonnées le rendirent obsolète dés 1880 et les autorités militaires ne jugèrent pas necessaire de le moderniser comme le fort de Douaumont.

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Vue d’ensemble de l’entrée du Fort au début du siècle et en 1944

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La guerre de 1870

Devant l’avance foudroyante de l’armée allemande,  les autorités et la population décidérent de constituer au Havre un camp retranché composé de 4 lignes de défenses :
La ligne avancée d’Octeville à Orcher
La ligne de Bléville entre Dollemard et Caucriauville empéchant la ville d’être bombardée
La ligne de la plaine entre la ligne de chemin de fer et l’Eure
la ligne de
la Côte incluant les forts de Sainte-Adresse, de Tourneville et de Frileuse

ainsi que les redoutes des phares, de Sanvic, des Acacias, de Caucriauville et de

la Lézarde.

Dans cette optique, les batteries du Fort de Sainte-Adresse servies par les mobiles du Calvados se composèrent de la manière suivante

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Avant les travaux

FORT_01

M.Rocquancourt, Capitaine commandant
1 Lieutenant

Bastion 1          

Flanc gauche       1 canon obusier.                                                

Face droite          1 canon 30 Rayé                                                              

Flanc droit           1 canon 12 rayé de siège / 1 obusier O.27

Courtine 1-2        1 mortier 0.27

M. Croisier, Capitaine commandant la 31e batterie de la Marine ;1 Lieutenant.                               

Bastion 2             

Flanc gauche       1 obusier 0.16

Face gauche        1 canon 12 rayé de place.

Pan coupé           1 canon 30 rayé. 

Face droite          1 canon 30 rayé. 2 canons 12 Rayé de siège.

Flanc droit           1 canon 12 R. place. / 1 canon obusier

Courtine 2-3      

1 mortier .32

1 mortier 0.27

1 mortier de 16

Bastion 3             

Flanc gauche       1 obusier 0.16/1 canon 12 rayé de siège   

Face gauche       1 canon 3 rayé./2 canons 12 Rayé de siège.

Saillant              1 canon 30 Rayé.

Face droite .       1 obusier 0.22/1 canon de 16.

Flanc droit          1 obusier 0.15

Courtine 3-4                                       

1 canon rayé

Bastion 4             

Flanc gauche       2 canons 12 Rayé de siège

Face gauche         1 obusier 0.22.

Flanc droit            1 obusier 0.16

Auquels s’ajoute la batterie de la marine
et la batterie du Calvados

Les canons s'installaient dans ce type de positions :

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Le personnel du fort s’élevait alors à 30 chefs de pièces et à 204 servants.

La 3e république (1870 – 1914)

Jusqu'à la 1e guerre mondiale, les bataillons d’artilleurs à pied se succédèrent dont le 1e Bataillon d’artillerie à pied (3e corps) en 1903.

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Détachement d'artilleurs de retour de manoeuvres.

Des détachements du 129e assurent la garde du fort.


La première guerre mondiale (1914-1918)

Le fort désarmé à cette période restait cependant susceptible d’être réarmé rapidement. Ces alentours notamment au nord du cimetière servirent de camps aux troupes britanniques durant toute la guerre.

L’entre-deux-guerres

Un peloton de gendarmerie puis de garde républicaine mobile occupèrent le fort


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Les cyclistes du bataillon d’artillerie à l’intérieur du fort prés de l’entrée                                              Collection Mme Viel


La seconde guerre mondiale (1939-1945)

En juin 1940, face à l’invasion allemande, les autorités militaires envisagèrent une ultime défense du Havre à l’aide de 3 réduits : Le fort de Sainte-Adresse, le fort de Tourneville et le central téléphonique de la rue Jean-Baptiste Eyriés.
Le manque de personnel et d’armes ne permit pas leur réalisation..

A la capitulation, l’armée allemande pris possession des lieux et intégrèrent le fort au mur de l’atlantique en réalisant sur son enceinte de nombreux blockhaus dont 3 casemates pour canon (R622), 4 abris pour le personnel (R622), un abri pour munitions (R607) et un abri-réservoir d’eau (R646).
A la libération, les Allemands tentérent d’y résister mais finirent par se rendre aux
80 F.F.I.de Sanvic qui pénetrèrent par la bréche dans la muraille sud appuyés par le 5/7th Gordon Highlanders.

Une carte du fort occupé par les allemands

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Libéré des allemands, Les Américains y installèrent un centre de convalescence :

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le camp Home Run (marque de cigarettes américaines et phase de jeu du base-ball) destiné entre autre à acceuillir les soldats revenant du front et en particuliers des Ardennes. Des milliers de G.I. transitèrent par ce centre qui employa de nombreux français notamment aux cuisines comme l’écrivain havrais Max Bengtsson. Très bien approvisionné par une intendance prodigue, les soldats bénéficiaient aussi de spectacles d’artistes américains destinés à combattre le mal du pays. Les autorités américaines firent réaliser par un peintre havrais Arthur Lenne la fresque représentait un calvaire dans la soute à munitions utilisé alors comme église. Haute de12 m et large de 8 sa réalisation a demandé plus de 3 mois de travail,. Les dégradations survenues au fil des ans dans le fort ne permettent plus aujourd’hui de voir cette fresque.

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Dans les années 70

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Avant les travaux

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Maintenant

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Pendant la guerre

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Avant les travaux

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L’après-guerre.

Une unité de gendarmerie mobile pris possession du fort pour finalement l’abandonner à son sort.
Totalement désaffecté pendant plusieurs années, le 74e RI le repris en main en 1963 ainsi d’ailleurs que le fort de Tourneville pour y installer un centre d’entraînement commandos.

Quelques vues de l'époque :

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A l'époque, je ramassais les balles plastiques oranges de ce champ de tir car elles s'adaptaient parfaitement à l'obusier Solido.

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Beau chassis de l'époque !

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  Quelques soldats et matériels de l'époque.

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Sa dernière utilité militaire disparaît lorsque le 74e RI le quitte dans les années soixante-dix.

Ces deux dernières photos montre l'état du fort en 1996.

Depuis les deux grands bâtiments au premier plan
ont été démolis pour des raisons de sécurité.

 

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